Quand Bankin manipule (les données de) ses clients !

Bankin’ a dévoilé, hier, une étude qui prétend que Boursorama est deux fois plus chère que Fortuneo. Une réalité des tarifs pour le moins étonnante !

De par notre activité, sur cBanque, nous avons l’habitude de traiter de l’information et d’avoir un regard critique sur les communiqués de presse et les offres proposées par les banques. Un positionnement qui me vaut parfois des remarques de certains partenaires. Mais, nous tenons à cette indépendance et nous souhaitons être des observateurs particulièrement avisés de ce qui se passe sur le marché, sur les nouveautés comme Max ou Orange Bank, ou encore sur les futures réglementations, comme la DSP2 ou la domiciliation des revenus sur les prêts immo.

Aussi, quand Bankin prétend que les usagers de Boursorama ont payé deux fois plus de frais bancaires que Fortuneo, ça pique un peu les yeux. Les clients d’ING Direct, eux, se feraient presque 4 fois plus « plumer » que ceux de Bforbank. C’est ridicule ! Ces banques ont des tarifs similaires, et de tels écarts ne peuvent s’expliquer que par des usages bien différents. Par exemple, un transfert de PEL depuis Boursorama vous sera facturé 50 euros, une ligne tarifaire qui n’existe pas dans les autres banques … qui ne distribuent pas ce produit.

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Pourtant, cette étude a toute l’apparence du sérieux : Bankin annonce avoir exploité les données bancaires de plus de 300 000 de leurs clients sur l’année 2016, et tout ça de manière anonyme. La justification de cette procédure : « La capacité de constater sur un très grand volume d’utilisateurs les frais réellement payés. Pas de prix catalogue donné par les banques, pas de déclaratif, que des faits ».

Quels sont les problèmes ?

Tout d’abord, les populations ne sont pas homogènes entre les banques. Schématiquement, les accédants à la propriété seront sous-représentés dans les banques en ligne, tandis que les jeunes actifs seront à l’inverse sur-représentés. On peut également penser que l’usage d’un découvert est très différent d’un usager à l’autre, et peut-être même entre banques en ligne et banques traditionnelles, surtout si l’usager dispose d’un compte principal et d’un compte secondaire…

La taille des échantillons de clients peut, lui aussi, poser problème. Par exemple, Boursorama propose depuis plusieurs années sa propre solution d’agrégation de comptes. Les clients Bourso devraient logiquement avoir moins recours que d’autres à une application d’agrégation tierce.

Il y a, enfin, un mélange entre les frais des opérations contraintes (frais de tenue de carte, cotisations cartes bancaires), les frais accidentels (incidents de paiement, découverts) et les frais choisis (retraits cartes à l’étranger, frais de dossier d’un crédit).

Ou alors, plus grave, Bankin ne sait pas reconnaître l’ensemble des frais bancaires, et cette étude ne serait que partielle ?

Une occasion ratée d’être crédible

Cette « étude » ressemble à un prétexte pour mettre en avant des partenariats noués avec Fortuneo, BforBank, ING Direct et Monabanq (mais bizarrement pas Boursorama qui pointe en quatrième place ou d’autres banques). Business is business ! C’est dommage, car cette masse de données (que les utilisateurs ont semble-t-il consenti à céder à Bankin) aurait pu nous démontrer un vrai savoir-faire sur les données bancaires, en segmentant les comptes et les opérations. Mais c’est sans doute trop compliqué…

Ajout 02/06/2017 : sur Twitter, la réponse de Bankin’ à cet article

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